Les politiques migratoires de Donald Trump et leur impact sur l’Amérique centrale et le continent

Conférence du 9 février 2026

Intervenants :

 Kevin Parthenay, Professeur des Universités en Science Politique, Université de Tours

Sebastián Nieto Parra, Chef de la Division des dynamiques du développement régional, OECD Development Centre

Geneviève des Rivières, Présidente de l’Institut France-Amérique latine et Caraïbes, Ancienne Ambassadrice du Canada au Pérou, en Bolivie, en Colombie et en Algérie

 

Geneviève des Rivières

France-Amériques, que beaucoup d’entre vous connaissent, est une association centenaire dont la vocation est de renforcer les liens et de favoriser le partage de connaissances entre la France et les Amériques.

Le débat de ce soir n’a pas pour objectif de porter des jugements, mais de mieux comprendre les défis auxquels sont confrontés les pays de l’hémisphère occidental, en particulier en Amérique centrale. Nous évoquerons notamment le Honduras, le Salvador, le Guatemala, le Nicaragua et le Panama.

Ces politiques de l’administration américaine s’inscrivent dans le cadre de la stratégie de sécurité nationale récemment adoptée et publiée en novembre 2025 : la National Security Strategy (NSS). Ce document définit les grandes orientations et priorités de l’administration Trump à l’échelle mondiale.

S’agissant de l’hémisphère occidental, qui nous intéresse ce soir, la stratégie affirme clairement que la sécurité du territoire américain est indissociable de celle de l’ensemble de l’hémisphère, du Groenland à la Terre de Feu.

Cette vision hémisphérique n’est pas nouvelle. Elle s’inscrit dans la continuité de la doctrine Monroe, énoncée en 1823, qui visait à dissuader les puissances européennes de toute tentative de retour colonial en Amérique latine. La stratégie adoptée par l’administration américaine en 2025 est ainsi présentée comme un « corollaire Trump » de la doctrine Monroe.

La nouvelle politique à l’égard de l’hémisphère occidental se résume en deux termes : Enlist and Expand.

Enlist consiste à identifier et soutenir les gouvernements partenaires afin qu’ils aident les États-Unis à lutter contre la migration illégale, le trafic d’êtres humains et les cartels.

Expand vise à étendre l’influence américaine et à s’assurer que les autres nations de l’hémisphère coopèrent en faisant des États-Unis leur partenaire privilégié.

Pour l’administration américaine, il est impératif que l’hémisphère occidental soit stable et suffisamment bien gouverné afin de prévenir et de décourager les migrations de masse vers les États-Unis.

La stratégie souligne également la nécessité d’un hémisphère affranchi des « prédateurs » étrangers qui se seraient approprié des sites stratégiques ou mèneraient des activités sensibles. Elle précise que toute action de prédation de la part d’acteurs extérieurs doit être dissuadée par les gouvernements partenaires de la région.

La stratégie souligne également la nécessité, pour les États-Unis, de garantir l’accès à des zones stratégiques telles que le canal de Panama, le golfe du Mexique — récemment rebaptisé « golfe d’Amérique » par l’administration Trump — ainsi que le Groenland.

Le document évoque en outre des options militaires à l’échelle de l’hémisphère pour lutter contre le narcoterrorisme. Il affirme enfin la volonté des États-Unis de soutenir les gouvernements et les forces politiques de la région alignés sur les objectifs de l’administration américaine.

Le document précise également que les États-Unis ne s’opposeront pas aux gouvernements de l’hémisphère aux idéologies différentes, dès lors qu’ils acceptent de coopérer avec eux. On pense notamment au cas désormais emblématique du Venezuela.

De surcroît, l’aide américaine au développement sera conditionnée aux efforts des pays concernés pour se libérer de l’influence de puissances extérieures à la région. On peut ainsi en déduire qu’un retour de l’aide et des financements américains serait envisageable pour les États qui choisiraient d’abandonner des programmes soutenus par des acteurs extérieurs à l’hémisphère.

On pense notamment à la Chine qui, à travers son initiative des « nouvelles routes de la soie », a acquis au cours des vingt-cinq dernières années une influence significative sur des infrastructures et des ressources stratégiques en Amérique latine. Cela concerne, par exemple, des ports — dont le méga port de Chancay au Pérou et ceux de Balboa et Cristóbal sur le canal de Panama —, des réseaux de télécommunications 5G liés à Huawei, ainsi que plusieurs projets d’extraction de matières premières, notamment de métaux critiques.

La stratégie exprime clairement la volonté des États-Unis, après des années de relative négligence, de restaurer leur prééminence dans l’hémisphère occidental et de limiter l’influence de la Chine sur le continent ainsi que dans plusieurs autres régions du monde.

Pour aborder la situation de l’Amérique centrale, j’ai le plaisir de vous présenter l’économiste Sebastian Nieto Parra, chef de la division des dynamiques du développement régional au Centre de développement de l’OCDE. Sébastien nous donnera un aperçu de la situation économique et sociale de la région et présentera les principaux constats et recommandations de l’OCDE.

La présentation de Sebastian sera suivie de celle du professeur Kevin Partenay, de l’Université de Tours, qui analysera l’impact des politiques migratoires et des autres orientations de l’administration américaine sur les environnements politique, économique et social en Amérique centrale.

Je vous remercie tous les deux d’avoir accepté notre invitation, malgré des agendas particulièrement chargés. Si le temps le permet, un échange de questions-réponses aura lieu à l’issue des interventions.

Merci Sebastian.

Sebastián Nieto Parra

Merci Kevin. C’est un grand plaisir d’être avec vous pour évoquer la situation de l’Amérique centrale.

Quel est l’état des lieux sur les plans économique et social du point de vue de l’OCDE ? Pour nous, l’Amérique centrale compte un pays membre, le Costa Rica. Toutefois, au sein du Centre de développement de l’OCDE, plusieurs pays de la région sont également représentés.

 Pas seulement le Costa Rica : le Salvador, le Guatemala et le Panama sont également membres du Centre de développement de l’OCDE, le département où je travaille. C’est à partir de cette expertise que je souhaite vous présenter la situation de l’Amérique centrale, en m’appuyant sur notre rapport annuel sur l’Amérique latine, l’ELEO, réalisé chaque année avec la CEPAL, la CAF et la Commission européenne.

Je m’appuierai également sur notre rapport sur la fiscalité, qui détaille la structure et le niveau des impôts dans les pays d’Amérique centrale. L’objectif est de mettre en lumière un agenda important concernant le financement du développement et la transformation productive, sur lequel je souhaite insister au cours de ma présentation.

Comme je vous le disais, le défi économique est considérable, ce qui rend l’analyse de la situation économique en Amérique latine particulièrement importante, et l’Amérique centrale n’échappe pas à cette réalité.

En termes de croissance potentielle du PIB par habitant, l’Amérique latine se situe autour de 0,7 %, tandis que dans les pays de l’OCDE, elle atteint environ 1,7 %.

Dans le cas de l’Amérique centrale, la situation est très proche de celle de l’ensemble de l’Amérique latine et des Caraïbes, avec une croissance potentielle du PIB par habitant d’environ 0,5 à 0,7 %.

Cela souligne l’ampleur du défi en matière de croissance économique. La question centrale est de savoir comment générer davantage de valeur ajoutée dans la région, et pour cela, comment promouvoir la transformation productive — un sujet que nous avons abordé dans notre dernier rapport sur l’Amérique latine et les Caraïbes, l’ELEO.

Lorsqu’on examine le type de transformation productive possible en Amérique centrale, on constate que l’on peut parler d’une sous-région qui se distingue de l’Amérique du Sud. Ses atouts ne résident pas principalement dans les matières premières.

En revanche, elle dispose d’un fort potentiel pour accroître la valeur ajoutée dans les services et pour développer davantage de contenus à forte composante technologique.

Aujourd’hui, comme le montrent les barres bleues, le Costa Rica se distingue par une diversification économique à forte complexité, générant ainsi davantage de valeur ajoutée.

En revanche, la plupart des autres pays d’Amérique centrale — le Honduras, le Guatemala, le Nicaragua ou El Salvador — présentent une faible complexité économique et une diversification limitée. Comme je le soulignais plus tôt, cela contraste fortement avec l’Amérique du Sud, où les économies restent largement dépendantes des matières premières.

Il s’agit donc de trouver des moyens de générer des ressources. Dans ce cas, il ne s’agit pas des matières premières, mais de créer de la valeur ajoutée en tirant parti d’un positionnement stratégique et des atouts spécifiques que certains pays ont déjà démontrés par le passé. C’est le cas du Panama, qui a connu une croissance significative grâce à la logistique et au transport.

Pour l’instant, les opportunités se concentrent surtout sur des produits manufacturés à faible intensité technologique.

Ce que l’on observe dans la plupart des pays d’Amérique centrale est étroitement lié à un taux d’informalité toujours élevé. En Amérique latine dans son ensemble, près des deux tiers des travailleurs évoluent dans le secteur informel.

Dans le cas de l’Amérique centrale, il existe bien sûr des différences selon les pays, mais la tendance générale reste marquée par cette forte informalité.

On observe, par exemple, au Honduras et au Guatemala, que plus de 60 % des ménages comptent au moins un travailleur informel. En revanche, au Costa Rica, ce chiffre tombe à environ 25 %.

Il existe donc une diversité importante entre les pays de la région en matière de travail informel.

Cela est étroitement lié à l’appareil productif et à la capacité de créer des emplois formels, la formalité étant elle-même dépendante de la productivité et de l’intégration aux chaînes de valeur mondiales.

Cela dit, certains pays d’Amérique centrale présentent des aspects intéressants en matière de protection sociale. On y trouve des exemples remarquables de programmes ciblant efficacement les populations les plus vulnérables.

C’est le cas, par exemple, du Guatemala, qui a réalisé des efforts significatifs pour mieux cibler et gérer les dépenses publiques, en particulier les dépenses sociales, afin de soutenir les populations les plus vulnérables. Ces programmes incluent également un accompagnement visant à développer les compétences nécessaires sur le marché du travail, notamment sous le gouvernement récent.

Dans le cadre du Panama, une étude récente menée par notre équipe a analysé la réponse du pays à la crise du Covid-19. On y observe des initiatives sociales intéressantes, destinées à aider à la fois les populations vulnérables et les petites et moyennes entreprises.

Il existe donc des exemples importants à connaître. Nous avons mené des études, notamment sur le Salvador, dans le cadre de notre revue multidimensionnelle. Elles mettent en lumière à la fois les défis et les atouts de l’économie salvadorienne, tout en soulignant que l’informalité y reste très élevée.

Un problème récurrent dans presque tous les pays de la région concerne les données : les statistiques de base sont souvent insuffisantes, ce qui complique l’analyse et la prise de décision.

Pour élaborer de bonnes politiques publiques, il est évidemment essentiel de disposer de données fiables. Or, lorsque l’on travaille sur les enquêtes auprès des ménages, on constate un réel besoin d’amélioration des informations disponibles.

En ce qui concerne l’informalité, il existe plusieurs façons de la mesurer. Ici, nous la définissons comme le fait pour un travailleur de ne pas contribuer à la sécurité sociale ou au système de pensions, c’est-à-dire de ne pas occuper un emploi formel au sein d’une entreprise qui effectuerait ces contributions pour lui.

« Mixte » désigne les ménages dans lesquels coexistent à la fois un travailleur informel et un travailleur formel.

C’est un point intéressant, et je vous remercie pour la question, car elle me permet justement de mettre un peu en avant ce sujet et d’en parler plus en détail.

Nous analysons l’informalité du point de vue du ménage afin de mieux comprendre leur comportement global. On cherche à savoir dans quelle mesure les ménages sont touchés par l’informalité.

En Amérique latine, mais aussi en Asie et en Afrique, on constate qu’en général près des deux tiers des ménages comptent au moins un travailleur informel.

C’est un point très important, car il souligne la nécessité de mettre en place des politiques adaptées au niveau des ménages. Ce sont souvent ceux qui présentent les taux d’informalité les plus élevés qui comptent le plus grand nombre de personnes dépendantes, qu’il s’agisse de jeunes ou de personnes âgées.

Il s’agit donc de réfléchir à des mesures d’accompagnement pour assurer une bonne éducation des jeunes et le suivi des soins dans le cadre de la Care Economy. Comme je l’évoquais précédemment, il existe un lien étroit entre transformation productive et informalité : pour réduire l’informalité, il faut davantage d’investissements. En Amérique latine et en Amérique centrale, les taux d’investissement dépassent à peine 25 %, ce qui limite encore le potentiel de développement.

Dans le cas de l’Amérique centrale, la situation suit un parcours similaire à celui de l’ensemble de l’Amérique latine, avec des niveaux d’investissement encore très faibles comparés aux pays émergents d’Asie.

Il est donc crucial d’accroître le financement, qu’il soit public ou privé. Je vais maintenant me concentrer sur les différentes manières de mobiliser et de gérer ces financements pour soutenir le développement.

Une première dimension concerne la mobilisation des ressources domestiques, en particulier par le biais de la fiscalité. Actuellement, en Amérique latine, le ratio impôts/PIB se situe autour de 21 %.

En Amérique centrale, on observe en revanche une diversité assez marquée entre les pays.

On observe, par exemple, que des pays comme le Panama ou le Guatemala affichent un ratio impôts/PIB supérieur à 15 %, tandis que d’autres, comme le Nicaragua ou le Costa Rica, dépassent les 21 %.

Notre recommandation ne vise pas à augmenter les impôts, mais plutôt à améliorer leur structure. Bien entendu, dans certains pays comme le Panama ou le Guatemala, un minimum de ressources fiscales reste nécessaire pour financer les politiques sociales.

C’est ce qui a été souligné lors de la conférence des Nations Unies sur le financement du développement. Un seuil de 15 % du PIB a été retenu : les pays en dessous de ce niveau doivent être soutenus pour pouvoir financer leurs politiques sociales.

Avant tout, il est cependant essentiel d’examiner la structure fiscale de ces pays afin d’identifier les améliorations possibles.

Ce que l’on observe, c’est que dans la plupart des pays, le taux effectif d’imposition sur les entreprises est très élevé. Les entreprises paient donc un niveau d’impôt relativement supérieur à la moyenne de l’OCDE.

L’enjeu consiste donc à identifier des moyens d’augmenter les recettes fiscales directes sans nuire à l’entrepreneuriat ni à la création de valeur dans les économies d’Amérique centrale.

C’est particulièrement le cas du Costa Rica, mais aussi récemment du Guatemala. On y observe des exemples intéressants de mobilisation des recettes fiscales liées à l’environnement. Le Costa Rica constitue un exemple emblématique de politique verte en Amérique centrale, et même en Amérique latine. Le pays bénéficie d’un taux élevé de recettes liées à l’énergie renouvelable, qui représente une part très importante de sa matrice énergétique.

En revanche, dans des pays comme le Salvador, le niveau des impôts liés à l’environnement reste assez faible.

Toute augmentation de ce type de fiscalité nécessite un accompagnement approprié pour les populations les plus vulnérables. On a vu l’importance de cet accompagnement lors du mouvement des gilets jaunes en France, mais aussi en Amérique latine, par exemple en Équateur.

Il est donc essentiel de prévoir un accompagnement pour les populations les plus touchées lorsqu’on cherche à augmenter ce type de recettes.

Pour résumer, en Amérique centrale, certains pays comme le Costa Rica, le Honduras ou le Nicaragua affichent des taux de fiscalité environnementale supérieurs à la moyenne de l’Amérique latine, qui est d’environ 0,8 % du PIB. Ce niveau reste toutefois très faible comparé à celui de l’OCDE, où il avoisine 2 % du PIB.

Au-delà des impôts, les pays d’Amérique centrale disposent également d’autres sources de revenus à mobiliser.

Bien entendu, lorsqu’on parle des impôts, on se situe autour de 20 % du PIB. Mais il existe d’autres sources de revenus très importantes pour l’Amérique centrale, notamment les envois de fonds (remittances) envoyés par les habitants de la région vivant à l’étranger, principalement aux États-Unis et en Espagne.

Ces transferts représentent un pourcentage très élevé, souvent supérieur à ce que rapportent les impôts par rapport au PIB. C’est particulièrement marqué au Nicaragua, mais aussi à San Salvador et au Guatemala, où les envois de fonds dépassent largement l’ampleur des recettes fiscales de l’État.

On parle de plus de 15 % du PIB dans ces pays, et même de plus de 20 % pour le Nicaragua, le Honduras, San Salvador et le Guatemala. En revanche, dans des pays comme le Panama ou le Costa Rica, ce pourcentage est moins élevé, car leur structure de financement est plus diversifiée et leur PIB beaucoup plus important que celui des pays précédemment cités.

Cela illustre la grande hétérogénéité de l’Amérique centrale. Dans certains pays, il existe un potentiel réel pour tirer parti de ces transferts afin de financer le développement.

Comme vous le savez, il s’agit de ressources privées et non de fonds de l’État. Cependant, l’État peut jouer un rôle d’accompagnement pour aider les familles à utiliser ces ressources de manière efficace.

C’est ce que montre notre récente étude sur Escuintla, une région en plein essor au Guatemala. Grâce à ces transferts, et en coordination avec les banques publiques par exemple, il est possible de soutenir les entreprises pour créer de la valeur et favoriser l’entrepreneuriat. Parallèlement, les familles qui reçoivent ces fonds peuvent améliorer leurs compétences et réduire progressivement leur dépendance à ces transferts.

Il existe donc tout un agenda de long terme autour de ces ressources, l’État pouvant agir comme levier pour maximiser l’impact des transferts de fonds.

Un autre aspect intéressant concerne la résilience de ces flux : lorsque le pays d’accueil des migrants connaît une crise, les envois de fonds diminuent, mais l’élasticité est relativement faible. En revanche, si c’est le pays d’origine qui est en crise, l’impact sur les transferts est beaucoup plus marqué.

Autrement dit, si une crise globale touche les États-Unis et réduit leur PIB au même titre que celui du Guatemala, les transferts de fonds vers le Guatemala peuvent malgré tout augmenter. Cela illustre l’importance de ces flux comme mécanisme de soutien.

On peut donc considérer que les envois de fonds jouent un rôle de compensation en cas de crise, offrant une certaine stabilité aux ménages et à l’économie locale.

Tous les revenus générés par le canal de Panama ne sont pas comptabilisés dans les transferts de fonds.

Pour le Panama, ces revenus constituent néanmoins une source significative : en moyenne, ils représentent environ 5 % du PIB, ce qui est un apport assez important pour l’économie nationale.

Ce que je soulignais tout à l’heure s’applique également aux revenus du canal : il s’agit de les utiliser pour créer de la valeur et favoriser la diversification économique du pays.

Au Panama, on observe en effet une dualité économique : d’un côté, des zones de libre-échange très dynamiques et le Canal.

L’enjeu est donc de savoir comment tirer parti de ces revenus issus du canal et des zones franches pour favoriser une plus grande inclusion sociale et générer des retombées pour l’ensemble de l’économie.

Une autre source de revenus importante pour la région est constituée par les investissements étrangers directs.

En Amérique latine, on parle d’un investissement direct étranger (IDE) qui représente presque 4 % du PIB. En Amérique centrale, on est sur un ordre de grandeur comparable : environ 3 % du PIB, avec une diversité importante selon les pays, mais un niveau globalement élevé dans la plupart d’entre eux.

Il faut toutefois préciser que ces chiffres varient d’une année à l’autre. Et je m’excuse : ici, on est sur des données 2024. Si l’on regarde 2023-2022, on observe des évolutions, car l’IDE est assez volatil. Malgré cette volatilité, en moyenne, sur les dernières années, l’Amérique centrale se situe autour de 3 % du PIB, ce qui reste un bon niveau si on compare à d’autres régions émergentes, notamment en Afrique ou en Asie. C’est donc un chiffre plutôt élevé.

Reste ensuite une question essentielle : dans quels secteurs arrivent ces investissements ? Nous avons justement mené une étude assez récente avec la Commission européenne sur l’investissement direct étranger européen en Amérique latine. Nous avons réalisé une étude de cas approfondie sur le Costa Rica, et nous avons également suivi le Guatemala et le Panama.

La bonne nouvelle, c’est que, dans de nombreux cas, l’IDE européen se dirige aujourd’hui vers des secteurs comme les énergies renouvelables. Là encore, cela contribue à la diversification économique et à la création de valeur, d’autant qu’il existe souvent un accompagnement sur les compétences des travailleurs.

Enfin, il y a des possibilités importantes de financement, mais cela renvoie à la question essentielle aujourd’hui, en Amérique latine comme en Amérique centrale : le poids de la dette. Les pays présentent une grande diversité dans la manière dont le service de la dette publique pèse par rapport aux dépenses, par exemple, en éducation ou en santé.

Au Salvador, ce que l’on dépense pour le service de la dette représente l’équivalent de 80 % des dépenses d’éducation : c’est très élevé. Autrement dit, ce qu’on paye en dette correspond à 80 % de ce qu’on dépense en éducation.

Au Guatemala, la moitié de ce que l’on paye en dette correspond aux dépenses d’éducation.

Au Nicaragua, c’est 25 %, ce qui reste malgré tout un niveau significatif.

Ces pourcentages montrent à quel point il est crucial de réfléchir à d’autres types de financement au-delà de la dette. C’est pour cela que j’ai insisté sur plusieurs leviers : améliorer la structure des impôts, mieux utiliser les revenus issus des transferts de fonds et de l’investissement direct étranger, et, dans ce cadre, voir comment l’Amérique centrale peut mobiliser ces revenus pour promouvoir la diversification économique, sachant qu’elle ne dispose pas des mêmes ressources naturelles que les pays d’Amérique du Sud.

Voilà pour l’introduction, merci.

Geneviève des Rivières

Merci beaucoup Sébastian, c’est très instructif. On voit qu’il y a beaucoup de défis, mais c’est intéressant de constater que l’OCDE travaille sur des questions très pointues, notamment le financement et le financement de la dette de certains pays qui n’ont pas les revenus d’autres pays d’Amérique latine.

Professeur Parthenay, j’aimerais qu’on se centre davantage sur les politiques migratoires récentes — qui est le titre de notre conférence — et sur leur impact sur la stabilité politique, économique et sociale des pays d’Amérique centrale. Ce sont des politiques qui avaient commencé sous la première administration Trump, mais qui se sont intensifiées. D’après vous, quel impact observe-t-on à court ou moyen terme ?

Kevin Parthenay

Merci beaucoup pour cette question, et bonsoir à tous. Je suis très heureux d’intervenir : merci pour l’invitation, et merci Sébastian pour ce panorama économique de l’Amérique centrale.

Effectivement, on est dans un contexte où, sur la base de ce que tu viens de décrire, on comprend bien l’image d’une région fragile économiquement, marquée par des dépendances multiples et une vulnérabilité économique et sociale. Dans ce cadre, les politiques de retour — forcées ou non — peuvent être des vecteurs de déstabilisation des sociétés.

Je dis bien « sociétés » au sens large, car il faut rester prudent : aujourd’hui, on n’a pas la capacité d’établir un lien causal entre ces retours et une potentielle augmentation de la criminalité. Pour le moment, ce sont deux phénomènes plutôt décorrélés.

Intellectuellement, on a longtemps fait l’association — notamment au début des années 2000 — entre la grande vague d’insécurité qui a gangrené la région (sur la décennie 2000-2010) et une supposée « culture de la violence » importée via les expulsions depuis les États-Unis à la fin des années 1990. On a souvent associé les gangs, les mareros, à des individus expulsés de Los Angeles qui auraient « reproduit » des codes de violence. Or on a constaté que le phénomène de la violence était beaucoup plus endogène que ce qu’on avait pensé – le fait qu’il aurait été exogène et exporté.

Donc, méfiance avec une idée un peu simpliste : celle qui consisterait à dire que les retours massifs seraient, en soi, un vecteur automatique de criminalisation et d’insécurisation croissante des sociétés centre-américaines.

Cela dit, il ne faut pas oublier que ce sont des sociétés hautement vulnérables, fragiles en matière d’insertion sociale et de mobilité inter sociale, et qui peuvent être fragilisées par ces politiques de retour de plusieurs façons.

Premièrement, beaucoup de personnes renvoyées ont en réalité fait toute leur vie aux États-Unis. Il ne faut pas négliger cet aspect-là. On renvoie aujourd’hui des gens qui y vivent depuis 10, 15, parfois 20 ans. Et on renvoie des gens au Guatemala, au Honduras, dans d’autres pays de la région – un peu moins au Salvador –, au-delà de l’Amérique centrale, dans des pays qu’ils ne connaissent quasiment plus, dans lesquels il faut refaire une insertion sociale. Ils se retrouvent renvoyés dans des pays qu’ils ne connaissent presque plus, où il faut reconstruire une insertion sociale.

Bien sûr, ils peuvent retrouver une famille, mais après près de vingt ans d’absence, se sentir intégré, retrouver une activité professionnelle et être productif est extrêmement difficile. Cela peut générer in fine une instabilité sociale, qui peut ensuite produire, plus largement, des formes d’instabilité — y compris politique — car cela s’accompagne de revendications et d’attentes auxquelles les États ne répondent pas toujours. Donc ça, c’est un premier point.

Par ailleurs, ce qui est extrêmement important à mettre en avant, c’est que ces retours s’inscrivent en étroite corrélation avec ce que Sébastian indiquait : la profonde importance du travail informel. Là, il existe un risque d’insertion de facto dans des structures d’informalité et, dans certains cas, une captation par des réseaux — pas forcément l’image spectaculaire de la violence, mais aussi de la petite délinquance — qui contribue à précariser et à rendre moins prévisibles ces sociétés.

Donc là, je crois qu’il y a ces deux aspects qui sont extrêmement importants, l’impact social, l’impact que ça peut avoir sur les familles, sur la psychologie des gens, et puis, un autre impact qui est très direct, c’est l’impact sur les remessas. Les parts de remessas dans le PIB sont extraordinairement élevées dans les pays du « triangle nord » (Honduras, Guatemala, Salvador), ainsi qu’au Nicaragua.

Donc effectivement, quand on voit aujourd’hui cette vague massive de retours, c’est autant de ressources en moins pour l’État. Dès lors qu’on observe une vague de retours, cela représente autant de ressources privées en moins. Et paradoxalement, si ces ressources privées diminuent (santé, logement, accompagnement), l’État doit compenser par davantage de politiques publiques… Donc là, il y a une sorte de fuite en avant qui peut être périlleuse pour ces États qui sont déjà fragiles et vulnérables.

Enfin, il y a des conséquences juridiques qui peuvent exposer des personnes à des situations de danger, notamment l’annulation du Temporary Protected Status (TPS), qui protégeait des populations en danger (essentiellement pour des questions politiques). Donc l’annulation de ces TPS reconduisent des gens dans leur pays, précisément, alors qu’ils les avaient fuis parce qu’il y avait un contexte sensible et que leur vie pouvait être en danger. C’est un premier aspect très technique.

Deuxième aspect très technique, c’est l’annulation de tous les droits qui permettent de protéger les mineurs migrants. Nous assistons à une vague d’annulation de tous les systèmes de protection qui renvoient également des mineurs dans leur pays et qui les exposent d’autant plus à ces idées de prise dans des réseaux de délinquance ou de criminalité.

Tout cela conduit à une conclusion précise : pas de lien direct automatique entre retour et criminalité, mais des vecteurs de fragilisation puissants dans des sociétés déjà vulnérables, du fait des structures économiques et sociales existantes. C’est peut-être un impact essentiel des politiques mises en œuvre de Trump.

Voilà pour commencer, mais nous aborderons peut-être d’autres points.

Geneviève des Rivières

Merci. On a parlé des remessas et on sait qu’aux États-Unis, plusieurs de ces travailleurs — vous l’avez mentionné, Kevin — étaient là depuis longtemps. La grande majorité travaillait, informellement peut-être, mais certains travaillaient formellement dans des industries, dans des entreprises américaines, dans des activités de fabrication très diverses.

On se demande : est-ce qu’il y aura un vide de main-d’œuvre aux États-Unis, du fait de ces centaines de milliers de migrants qui sont partis ?

Et est-ce qu’on pourrait, dans le meilleur des mondes, envisager une politique américaine qui reprendrait ces travailleurs en leur donnant un statut, en leur demandant de déposer une demande officielle via leur employeur, et leur permettant de réintégrer les États-Unis ? Parce que, de toute évidence, les États-Unis vont avoir un déficit de main-d’œuvre qu’ils ne pourront sans doute pas combler avec les personnes qui ne travaillent pas actuellement sur leur territoire.

Kevin Parthenay

Pour être très direct et sans langue de bois : je n’y crois pas. Et je n’y crois pas pour une raison simple : on a déjà vu le président Trump jouer contre ses propres intérêts économiques.

Il a été largement démontré, par exemple, que la politique de tarifs imposés peut se retourner contre les États-Unis et contre l’industrie états-unienne elle-même. L’idée que vous évoquez — qui est louable, et qui repose sur une position morale de circulation internationale, de protection des travailleurs, et de statuts légaux — repose sur une vision du monde qui n’est pas celle de Donald Trump.

Très nettement, je ne crois pas qu’il y ait aujourd’hui ce souci de tirer profit d’une main-d’œuvre étrangère. On est sur une vision très centrée : les États-Unis, pour les États-Unis, par les États-Uniens, et cette logique transparaît fortement dans ce second mandat — même de manière exacerbée — avec un rejet de ce type de pratiques.

Sous une administration républicaine, je n’y crois pas. Et, pour être un peu cynique, je dirais même qu’il faut remettre les choses en perspective : ces vagues de retours massifs, très présentes aujourd’hui parce qu’elles s’accompagnent d’une rhétorique brutale, ne sont pas totalement nouvelles.

Les politiques de retour massif ont été très importantes sous les deux mandats de Barack Obama. D’ailleurs, pendant un certain nombre d’années, Obama avait le surnom de « Deporter-in-Chief ». Ce n’est pas neutre. Et si l’on regarde les chiffres, on observe — de manière paradoxale — que certaines phases de reconduites massives ont été plus importantes sous des administrations démocrates (Bill Clinton, Obama) que même sous Bush ou Trump respectivement. Il faut aussi remettre ces éléments-là en perspective pour bien comprendre quel est l’enjeu aujourd’hui.

Mais pour répondre directement à votre question : rétablir des statuts implique aussi de croire dans un système légal, dans une certaine idée du droit international — et c’est précisément un cadre contre lequel Trump s’oppose. On l’a vu à de très nombreuses reprises s’asseoir littéralement sur le droit international, ne pas le respecter, le violer, à de très nombreux égards. Avoir une politique dans cette dimension-là presque philanthropique, je ne suis pas convaincu.

Mais effectivement, pour boucler la boucle, ça aura très certainement des effets à terme, avec des vides pour l’industrie des Etats-Unis, avec peut-être des manques de main-d’œuvre. C’est un problème que l’on a connu en Europe, notamment dans les années 1960-1970, sur le rapport entre immigration et monde du travail. On s’est bien rendu compte que les deux problèmes étaient décorrélés d’une certaine façon, et les Etats-Unis probablement s’en rendront compte dans quelques années. Mais là, on est trop proches pour pouvoir mesurer directement des effets. Il faudrait demander peut-être à des entrepreneurs états-uniens pour voir ce qu’ils en pensent. Eux doivent mesurer déjà des impacts directs, mais d’un point de vue macro, c’est plus compliqué.

Geneviève des Rivières

D’accord. Maintenant, le gouvernement américain et l’administration américaine ont annoncé il y a quelques mois que le financement de USAID, l’agence américaine pour le développement international, allait être coupé. Ils ont presque fermé l’agence. Il y a eu des départs massifs du personnel.

Or, USAID, en Amérique latine — et surtout en Amérique centrale — jouait un rôle très important dans l’éducation, la santé et d’autres domaines critiques de l’aide au développement. Quel impact cela peut-il avoir sur les pays les plus pauvres d’Amérique centrale, si USAID n’est plus viable ?

Kevin Parthenay

Le principal risque, ce n’est pas forcément de « détruire », mais de fragiliser encore davantage le tissu social.

Comme vous l’avez très justement dit, USAID — comme d’autres bailleurs, mais USAID était largement en tête — développait un travail d’accompagnement très important de la société civile : éducation, santé, projets liés à l’environnement, infrastructures. Il y a d’ailleurs eu beaucoup de critiques sur cette présence, perçue comme une forme de substitution aux missions de l’État.

Cela étant donné qu’en Amérique centrale, nous sommes face à des États souvent fragiles institutionnellement, fragiles dans leur capacité à mettre en œuvre des politiques publiques, notamment parce que la collecte de l’impôt est limitée. Quand les ressources fiscales sont faibles, la capacité à financer l’action publique est faible : c’est une forme de cercle vicieux. Et quand vous ajoutez à cela un panorama où les institutions sont fragiles, vous avez une difficulté de manière générale à mettre en place des politiques publiques

Dans ce cadre, les bailleurs internationaux — et USAID en particulier — ont joué un rôle central, parfois en se substituant à l’État.

Aujourd’hui, on peut donc craindre un impact direct sur les collectifs sociaux, sur les trajectoires de formation, sur l’accompagnement d’acteurs de la société civile, précisément là où l’État ne parvenait pas à remplir ses missions.

Il faut savoir que dans ces États du triangle Nord, Honduras, Salvador et Guatemala, on est face à des États où le taux de pauvreté et d’extrême pauvreté est élevé. Et précisément, ne pas avoir de soutien, ne pas avoir d’accompagnement par l’USAID crée le risque de basculer de cette situation de pauvreté à de l’extrême pauvreté. Et donc là, il y a évidemment un risque de descension sociale et d’aggravement de situations extrêmement précaires dans les différents pays.

Alors ça, c’est le constat. D’une certaine façon, malgré tout, il faudrait ne pas penser que l’USAID était le seul acteur dans le jeu, puisque d’autres bailleurs sont très impliqués en Amérique centrale. On peut mentionner l’Espagne, qui est, via l’AECID, l’agence espagnole de coopération internationale, qui est très engagée dans une diversité d’actions concernant le genre, l’éducation, les programmes liés à l’environnement. La France, également, via l’AFD.

Et je crois que, de manière plus générale, ce désinvestissement en matière d’aide des États-Unis qui constitue une opportunité pour l’Union européenne. Je crois que l’Union européenne cherche beaucoup d’espace.

On a une trajectoire de coopération entre l’Union européenne et l’Amérique centrale qui est extrêmement ancienne, et je suis toujours remarquablement frappé quand on discute avec des gens de la Commission européenne de cette sorte d’indécision sur ce qu’il faut faire avec l’Amérique centrale.

Qu’est-ce qu’on peut faire avec l’Amérique centrale ? Qu’est-ce qu’on doit faire ? Comment on doit le faire ? On a toujours ces questions qui reviennent.

Je crois qu’aujourd’hui, dans le moment géopolitique qu’on vit, qui peut avoir des conséquences graves pour les populations dont on parle, l’Union européenne a une place à jouer, un rôle à jouer, il y a un vide qu’on peut combler à notre manière – c’est-à-dire avec des pratiques de coopération qui sont singulières menées par l’Union européenne – mais ça constitue en tout cas très directement une opportunité de reprise de dialogue et d’accompagnement de l’Amérique latine.

Geneviève des Rivières

Espérons que l’opportunité sera saisie. En lisant la stratégie de sécurité nationale, j’ai cru comprendre entre les lignes qu’il y aurait peut-être un retour de l’aide à la coopération américaine pour les pays amis et alignés. À suivre.

Maintenant, est-ce qu’on pourrait parler un peu de Panama ? En fait, le Panama, tout comme plusieurs autres pays, a dû appliquer les demandes des États-Unis et rapatrier un grand nombre de migrants. En fait, avec cette politique migratoire de Trump, on a constaté que l’espace du Darién, qui était un espace où des centaines de milliers de migrants voulaient passer pour aller vers les États-Unis, n’est presque plus utilisé.

C’est une bonne nouvelle, parce que les conditions étaient terribles : jungle, passeurs, misère, et le gouvernement panaméen ne pouvait pas faire grand-chose pour améliorer concrètement la situation. On peut donc considérer qu’il y a, d’une certaine manière, un ralentissement — voire un arrêt — de migrations effectuées dans des conditions dramatiques.

Mais, pour revenir au canal de Panama, on a compris que, récemment, il y a eu un jugement de la Cour suprême du Panama qui annule le contrat d’exploitation des deux ports du canal. Ce contrat avait été octroyé à des acteurs chinois.

Le jugement a déclaré le contrat inconstitutionnel et il est sans appel. Ce serait intéressant d’avoir votre perspective : que va-t-il se passer ensuite ? Le canal doit continuer d’être administré, et Panama envisagera sans doute de travailler avec des partenaires étrangers.

On sait pertinemment que les Américains et l’administration Trump ont déjà identifié des investisseurs américains qui souhaiteraient que ce contrat leur soit octroyé sans même passer par des appels d’offres.

Kevin Parthenay

Deux choses : d’abord Panama / migration, ensuite Panama / canal.

Sur Panama / migration, je suis plutôt pessimiste quant à la capacité à endiguer la situation tragique qui touche le pays.

Effectivement, le passage du Darién est, d’un point de vue migratoire, comparable à la Méditerranée : une zone de danger extrême, voire de cimetière. Beaucoup de migrants y trouvent la mort, du fait de l’environnement, mais aussi des réseaux de trafiquants qui contrôlent ce point de passage. De nombreuses violations des droits humains y sont commises : c’est, très clairement, un enfer sur terre.

Pourquoi je suis sceptique sur l’idée d’un ralentissement des flux dans cet espace ?

Parce que Panama a aujourd’hui le statut de « pays tiers sûr », un statut migratoire particulier, largement imposé par l’administration Trump : faire d’un pays extérieur aux États-Unis un lieu où les migrants restent afin de déposer leurs demandes avant d’entrer sur le territoire états-unien.

Toute la procédure administrative se déroule dans le pays latino-américain avant de pouvoir rentrer aux Etats-Unis. Panama a désormais ce statut de pays tiers sûr ce qui génère beaucoup de trafic au sens flux de migration et évidemment quand vous avez des personnes qui fuient pour différentes raisons des pays desquels ils viennent et qui veulent absolument migrer vers les Etats-Unis ils se retrouvent envoyés dans ce pays-là pour pouvoir attendre le traitement de leur dossier. Pour la majorité, ils ne vont pas attendre et ils vont essayer de repartir, c’est ce qu’on a vu ces dernières années.

Alors est-ce que ça change aujourd’hui ?

Peut-être, il faudrait voir les gens sur le terrain qui observent ces flux-là très directement car est-ce que l’administration et sa brutalité dissuadent de ce retour automatique ?

Mon sentiment, à travers certaines interviews, c’est que des migrants se disent désormais : on va laisser passer le temps de l’administration Trump, et on remigrera après, parce qu’aujourd’hui c’est peine perdue, et qu’on a trop à perdre à retenter immédiatement. Donc, ils attendent.

Sur Panama / canal, on est dans un dossier extrêmement stratégique. Le Panama est un cas d’école d’analyse des relations internationales : il incarne la NSS via une logique de prééminence des intérêts états-uniens, de contrôle de l’hémisphère occidental, et l’idée que toute puissance extérieure doit être tenue à distance.

La Chine n’est pas mentionnée explicitement, mais elle est évidemment ciblée : ces deux ports étaient administrés par des entreprises hongkongaises, avec des actifs chinois. Et surtout, le point qui a crispé : les contrats avaient été renouvelés pour 25 ans, et ont été annulés un an après. La signification politique est très importante, car on devine la pression exercée sur les autorités panaméennes pour casser ces contrats et créer une fenêtre pour des acteurs américains.

Donc là, on a le Panama comme cas d’école d’une crispation entre deux puissances.

Ce qui m’avait beaucoup surpris, au moment de l’invasion au Venezuela, c’était le silence de la Chine pendant longtemps. Et c’est un peu la même chose pour le Panama, qui a en réalité été le premier cas de crispation à l’arrivée de Trump. Ça paraît déjà lointain, parce qu’il se passe énormément d’épisodes avec Donald Trump, mais le Panama a été le premier dossier sur lequel la tension s’est manifestée très clairement.

Dès son arrivée — et même pendant sa campagne — l’une de ses premières obsessions était de « récupérer le canal ». De mon point de vue, cela relevait plutôt d’une stratégie maximaliste : envoyer un message très ambitieux, voire irréaliste, pour obtenir ensuite des gains plus modestes, plus mesurés.

L’idée de récupérer le canal est évidemment illusoire. En revanche, ce que l’on constate, c’est que l’administration Trump a obtenu des avancées concrètes : une capacité accrue à faire passer les navires — notamment militaires — à titre gracieux sur le canal, à travers un Memorandum of Understanding entre les deux pays ; la réinstallation de soldats sur des bases anciennement fermées, rouvertes sur le sol panaméen ; et puis l’annulation de ces contrats portuaires.

On est donc face à un jeu typique de puissance contre puissance, avec une pression maximale exercée sur l’administration du président panaméen, qui s’est soldée par des résultats relativement positifs du point de vue américain.

Ce qui est intéressant, c’est que même si la Chine est restée relativement silencieuse pendant un temps, ces derniers jours elle a rappelé qu’elle ne se laisserait pas faire. C’est en quelque sorte une première « prise de position », une première démonstration qu’elle ne subirait pas passivement les pressions de l’administration Trump sur un pays d’Amérique centrale comme le Panama.

D’après les dernières informations que j’ai vues, la Chine envisagerait d’aller jusqu’à l’arbitrage international, précisément pour ne pas laisser libre cours aux seuls intérêts des États-Unis. Mais ce type de procédure prendra des années, donc il faudra voir comment la situation évolue.

Ce qui est paradoxal, c’est qu’en parallèle de ces deux ports — qui constituent le foyer principal de la crispation — il existe d’autres contrats d’envergure colossale. Notamment ce pont en cours de construction, un contrat de plusieurs milliards de dollars, construit par des entreprises chinoises au Panama. Pour le moment, ce projet n’a pas été remis en question.

La question est donc de savoir s’il le sera demain. Si c’était le cas, cela pourrait être interprété comme une déconstruction plus large de l’ensemble des positions chinoises dans le pays. Pour l’instant, j’ai le sentiment que l’on est dans une forme de statu quo entre les deux puissances sur le sol panaméen.

Geneviève des Rivières

Oui, effectivement et dans bien d’autres pays d’Amérique latine il y a énormément d’investissement chinois qui sera peut-être mis en question aussi alors on va peut-être passer à quelques questions issues de la salle.

Question Alexandra Castro, association des juristes franco-colombiens

Vous dressez un bilan du retour des migrants en Amérique centrale qui est plutôt pessimiste. Or, du point de vue théorique — mais aussi pratique — il existe beaucoup d’études sur l’attraction des talents.

On pourrait peut-être considérer le retour de ces personnes bilingues, qui ont acquis des connaissances et de l’expérience aux États-Unis, comme un facteur de développement pour ces pays. Est-ce que cet axe a été envisagé ?

Et comment ces pays pourraient-ils justement attirer ces talents, c’est-à-dire ces ressortissants partis il y a longtemps, qui ont appris l’anglais, travaillé pendant des années, et qui ont, en quelque sorte, contribué à faire grandir les États-Unis ?

Est-ce que cela ne pourrait pas constituer un facteur de développement pour leurs pays d’origine ? Merci.

Geneviève des Rivières

On va peut-être prendre quelques questions. Oui, Monsieur de Mestier.

Question Yves de Mestier

Merci beaucoup. Juste une petite question : est-ce que ces phénomènes de remigration ne pourraient pas s’envisager non pas vers le pays d’origine, mais vers d’autres économies ayant des perspectives économiques importantes, comme le Brésil au sud ou le Canada au nord ?

 Kevin Parthenay

C’est une excellente question.

Sur l’idée d’une attractivité des talents « par défaut » — des personnes qui n’ont pas le choix et reviennent dans leur pays — cela peut constituer une opportunité, à condition que le pays soit en capacité d’exploiter ce talent.

Vous posez en parallèle la question suivante : que doivent faire les États pour être suffisamment attractifs pour que ces personnes restent ?

Je crois que la première mesure, c’est la stabilisation du pays. Si les gens ont migré initialement, c’est pour fuir une situation ou parce qu’ils ont la croyance de pouvoir gagner mieux ailleurs.

Aujourd’hui, on observe des dynamiques intéressantes, notamment au Salvador. Le Salvador est un pays qui a vu une part considérable de sa population migrer vers les États-Unis et envoyer des remesas. Mais, avec les changements politiques depuis l’arrivée au pouvoir de Nayib Bukele, on voit des personnes revenir pour la première fois depuis presque trente ans.

Des gens se réinstallent, estimant que le Salvador peut constituer une opportunité économique, notamment grâce aux infrastructures touristiques développées sur la côte ou à la dynamique entrepreneuriale — le Salvador est un pays d’entrepreneuriat très dynamique.

Avec la restabilisation sécuritaire, ils jugent possible de développer une activité autonome dans le pays. On voit donc des retours, ce qui est assez singulier. Cela montre, en creux, qu’une condition essentielle pour favoriser ces retours est la stabilisation.

Tant qu’au Guatemala ou au Honduras il n’y aura pas de solution pérenne sur les questions de sécurité, de corruption et de fragilité institutionnelle, l’attractivité restera faible.

Je précise toutefois que mes propos ne constituent pas une défense du régime actuel au Salvador. Je ne loue pas le régime de Nayib Bukele, critiquable à bien des égards — concentration du pouvoir, fragilisation de certains aspects démocratiques.

Mais, du point de vue du politiste ou du sociologue, on constate qu’une condition nécessaire au retour est la garantie de sécurité de l’individu pour développer une activité entrepreneuriale.

Sur la question d’une migration vers le Brésil ou le Canada : pour le moment, les personnes concernées n’ont tristement pas le choix. Beaucoup de celles qui sont renvoyées des États-Unis n’arrivent même pas immédiatement dans leur pays d’origine. Par exemple, des Vénézuéliens expulsés se sont retrouvés dans un premier temps au Guatemala, au Salvador ou au Honduras avant d’être renvoyés au Venezuela. On n’est pas maître de son chemin de migration.

À terme, ce que vous évoquez est pertinent : ce sont des dynamiques que l’on commence à voir. Mais pour évaluer leur ampleur, il faudra du temps.

La capacité d’autres pays à devenir attractifs dépendra aussi de la nature des régimes. C’est une vaste question et la réponse réside dans la nature des régimes. Dans les régimes liberaux-conservateurs, il y a peu d’indices allant dans ce sens. Dans des régimes plus progressistes, c’est davantage plausible. Mais vous le savez aussi bien que moi, peut-être la gauche n’est pas forcément dans une position favorable aujourd’hui, encore moins quand on regarde les sondages des grandes élections à venir. Donc je me garderais bien de dire que cette possibilité est répandue.

Sebastián Nieto Parra

Pour compléter sur la première question : oui, cela peut apporter une valeur ajoutée. Les compétences acquises sont importantes pour les pays d’origine, notamment les langues et le secteur des services, qui constitue un secteur clé pour créer de la valeur en Amérique centrale.

Augmenter la complexité productive est un enjeu majeur. Mais cela suppose aussi des recettes fiscales plus élevées pour financer les rapatriements, accompagner les retours et orienter ces compétences vers les régions où la valeur peut être créée.

Dans l’étude d’Escuintla, au Guatemala, nous avons identifié des possibilités de diversification économique et un besoin de main-d’œuvre qualifiée, notamment dans les zones franches et les services. Il y a donc des avantages à en tirer.

Geneviève des Rivières

Je voudrais ajouter que, dans le cas du Canada, la politique migratoire repose sur une immigration choisie. Les autorités travaillent avec les industriels et les entrepreneurs pour identifier leurs besoins. Il est donc possible que des personnes d’Amérique centrale, ayant développé des compétences et maîtrisant une des langues officielles, puissent devenir des candidats chois par le Canada.

Kevin Parthernay

Pour ajouter un complément : à une échelle très micro — quartiers, petites villes — il est intéressant d’observer que certains retours permettent de compenser l’absence d’acteurs comme USAID.

L’idée que ces gens reviennent avec des compétences et vont pouvoir eux aussi contribuer à former des gens sur place. Je pense par exemple à l’initiative « Capital Semilla », qui vise à former de petits entrepreneurs.

Souvent, ces programmes étaient soutenus par des bailleurs internationaux. On voit désormais des individus se substituer de manière informelle à ces bailleurs, en accompagnant eux-mêmes le tissu social (anglais, informatique, comptabilité).

Cela crée de la richesse sociale. On a tendance à insister sur la dimension tragique de la migration, mais il existe aussi cette dimension fertile, qui recrée des liens et diffuse des compétences.

Geneviève des Rivières

Merci. Peut-être une ou deux questions supplémentaires. Madame ?

Question

Bonsoir merci beaucoup pour toutes ces présentations. Je suis conseillère dans un ministère, mais je viens à titre personnel. Avez-vous observé des opportunités en matière de développement touristique, à la fois grâce aux nouvelles compétences apportées par les retours et en raison d’un possible détournement de flux touristiques des États-Unis vers d’autres pays du continent ? Par ce double jeu est-ce que vous avez déjà observé des choses qui pouvaient être intéressantes pour cette industrie touristique ou pas encore ? Est-ce que vous avez des perspectives sur le sujet ?

Kevin Parthernay

Il y a assez peu d’exemples. Le seul qui me vient en tête, pour commencer par une illustration, c’est le cas du Salvador, qui réunit là encore une condition première : la sécurisation de la société.

Pour pouvoir attirer des touristes, il faut être sûr qu’on ne va pas se prendre une balle — dit très crûment, mais c’est vraiment cela. La capacité de pouvoir sortir. Pendant très longtemps, il ne faut pas l’oublier, l’Amérique centrale n’a pas été un terrain très favorable pour attirer du tourisme, parce qu’il y avait beaucoup d’insécurité.

Aujourd’hui, on voit que, dans un des pays du triangle nord qui est sécurisé, l’industrie du tourisme se développe. Il suffit de rappeler la manière dont le président Bukele a développé ce qu’il a appelé « Surf City », la ville du surf. Pour ceux qui connaissent le Salvador : quand vous quittez San Salvador pour aller vers La Libertad, puis vers El Tunco, Sunsal, etc., ce sont de grandes plages qui avaient déjà l’identité d’être de très bons spots de surf.

On a vu le président Bukele investir cette diplomatie de niche, développer un tourisme tourné vers l’international, d’abord en captant des méga-événements sportifs, notamment la Coupe du monde de surf. Cela a permis et justifié le développement d’hôtels, de services de restauration aux standards internationaux, et de donner de la visibilité : « regardez, on organise des événements sportifs mondiaux, vous pouvez venir ».

On a vu toute la zone changer considérablement. Personnellement, je ne m’étais pas rendu dans le pays pendant trois ans : en trois ans, la côte, du port de La Libertad jusqu’à Sunsal, avait complètement changé — les routes, les infrastructures, absolument tout.

Aujourd’hui, on a une zone qui répond à tous les critères, à tous les standards internationaux, et qui devient beaucoup plus attractive.

De manière contrefactuelle, j’imaginerais difficilement cela au Honduras, par exemple. Il y a des zones touristiques anciennes, comme Copán, connues depuis longtemps. Mais dans cette dynamique de développement d’une industrie touristique qui n’existait pas vraiment auparavant à cette échelle, je vois le Salvador comme la nouveauté dans la région.

Sebastián Nieto Parra

Oui, juste pour compléter : la sécurité est le point de départ, bien entendu, comme le disait Kevin.

Il y a aussi des exemples de standards internationaux, comme le Panama, où toute une logistique touristique a été développée. On a le cas du Costa Rica avec les parcs nationaux — c’est un modèle à développer dans d’autres pays d’Amérique centrale.

Mais, à nouveau, sans sécurité, cela reste très difficile. Et il y a aussi la question des coûts, qui restent assez élevés par rapport à d’autres régions du monde. C’est une discussion qu’on a aussi pour les Caraïbes : le coût pour s’y rendre est souvent supérieur à celui d’un voyage en Asie.

Cela reste donc un facteur important, surtout pour un public européen à la recherche d’un tourisme soutenable, que l’Amérique centrale essaie justement d’intégrer dans son offre.

 Kevin Parthenay

Je réagis simplement aux propos qui venaient d’être tenus dans le public. Je ne mentionnais pas le Costa Rica parce qu’il s’agit d’un cas beaucoup plus ancien : l’industrie touristique costaricienne, et même une partie de l’identité du pays, s’est construite autour du tourisme vert depuis longtemps.

Je voulais surtout évoquer les changements plus récents.

Sebastián Nieto Parra

Justement, même sans ressources naturelles comparables à celles d’autres régions, il faut voir quels avantages peuvent être tirés de la biodiversité de l’Amérique centrale, qui est très élevée — au-dessus de la moyenne mondiale.

Comment en faire un secteur clé ? Au Costa Rica, cela représente une part importante des ressources du pays.

Geneviève des Rivières

On peut aussi s’inspirer du Mexique. Certaines régions, comme le Chiapas, n’étaient pas des régions touristiques il y a 25 ou 30 ans — on y allait à ses propres risques. Aujourd’hui, c’est devenu du tourisme de masse. Donc tout est possible, à partir du moment où il y a une volonté politique de maîtriser la sécurité. Et les territoires d’Amérique centrale ne sont pas aussi vastes que ceux du Mexique, donc il y a de l’avenir.

Kevin Parthenay

Effectivement. Le seul point de vigilance, en rebondissant sur le cas du Mexique, c’est de faire attention à ce que le tourisme ne devienne pas aussi un vecteur d’intensification d’une criminalité parallèle.

C’est ce que nous voyons notamment dans le sud du Chiapas où une partie de l’industrie touristique est aujourd’hui entre les mains d’entrepreneurs liés au narcotrafic ou à la criminalité organisée. Cela pose des problèmes, et parfois des drames — certains touristes ne savent pas très bien où ils mettent les pieds.

Il y a des dynamiques qui transforment radicalement des territoires, mais cette rapidité doit appeler à la vigilance. Dès lors que l’État perd le contrôle des investissements, cela peut laisser place à de l’informalité — une informalité parfois très organisée, mais pas par les acteurs que l’on souhaiterait.

Geneviève des Rivières

Merci pour cette précision. Je voudrais remercier nos intervenants. Vous nous avez beaucoup informés, et je pense que nous avons beaucoup appris. Merci également à tous les participants : ce n’est pas évident de venir après le travail et de passer deux heures à se concentrer sur des sujets complexes.

L’amiral Alain Coldefy est Président du Cercle France-Amériques depuis 2022.

Il intègre l’École navale en 1965 et commence une carrière marquée par des missions à l’étranger. Il commande successivement divers navires, dont le patrouilleur La Paimpolaise à Tahiti en 1979 et le destroyer Du Chayla en 1987, lors de l’opération Prometheus dans l’océan Indien pendant le conflit Iran-Irak. Après avoir obtenu son diplôme du Naval War College, il rejoint l’état-major de la Marine et est affecté à la défense aérienne de la flotte méditerranéenne. En 1992, il prend le commandement du porte-avions Clemenceau, qui participe aux opérations aériennes et navales dans l’Adriatique pendant le conflit en ex-Yougoslavie, notamment les opérations Deny Flight et Sharp Guard. Promu contre-amiral en 1996, il occupe plusieurs postes de haut rang, notamment au sein du Centre d’opérations interarmées et comme chef des relations internationales de l’état-major interarmées. En 1999, il commande la force navale franco-britannique à bord du porte-avions Foch pendant l’opération Allied Force en Yougoslavie.

Nommé vice-amiral en 2000, il devient adjoint au chef d’état-major des armées, responsable des opérations, de la logistique et de l’aviation navale. En 2002, il est promu major général des armées et, en 2005, inspecteur général des armées.

Après sa retraite en 2006, l’amiral Coldefy poursuit une carrière active dans divers domaines stratégiques. Il devient vice-président aux affaires politiques de la société EADS, préside la Revue Défense Nationale, et siège à l’Académie de Marine, dont il devient président en 2016.

Depuis 2018, il préside la Société des membres de la Légion d’honneur.

Il s’implique également dans plusieurs think tanks stratégiques et associations professionnelles, et est un conférencier et auteur prolifique, son dernier ouvrage étant Le Sel et les Étoiles.

Décoré de nombreuses distinctions, telles que Grand Officier de la Légion d’Honneur et la Croix de la Valeur Militaire, il est aussi membre de prestigieuses institutions internationales et citoyen d’honneur de la ville de Rocamadour.